Accueil Reportage GNI : l’hôtellerie-restauration a aussi un cœur (de métier) qui bat

GNI : l’hôtellerie-restauration a aussi un cœur (de métier) qui bat

Christiane Thibault et Jean-Charles Ruggia, présidente varoise et président régional Sud-Paca du Groupement national des indépendants (GNI) de l’hôtellerie et de la restauration, défendent avec force de conviction et intelligence de situation leurs établissements en péril. Leur secteur confiné a aussi un cœur (de métier) qui bat et se débat pour ne pas perdre l’essentiel, de son commerce comme de ses valeurs.

« Nous ne voulons pas rouvrir le 20 janvier pour refermer quelques semaines après. Nous demandons une prise de position claire et définitive, assortie d’aides plus importantes et étalées dans le temps. Si nous avons 0 recette alors il faut faire correspondre 0 dépense », revendique, calmement mais fermement, Christiane Thibault, présidente varoise du GNI, Groupement national des indépendants pour l’hôtellerie et la restauration. « Nous étions à la manifestation parisienne le 15 décembre et nous avons senti le pouls de la profession auprès de personnes venues de France entière, y compris des gens du spectacle. C’est une souffrance générale qui se dégage. Quand on parle de bars, d’hôtels, de restaurants, il y une belle diversité qui partage des problématiques communes, certes, mais aussi des particularités qu’il faut connaître pour mieux les défendre », renchérit Jean-Charles Ruggia, président du syndicat en région Sud Paca. Tous deux militent à l’unisson au sein de leur corps intermédiaire représentatif des petites et moyennes structures indépendantes, qui montent en puissance depuis 2 ans, rassemblant régionalement 570 établissements et quelque 2 800 salariés.

Sauver ceux qui peuvent l’être

S’il était question en septembre d’une « casse » liée à la crise sanitaire de l’ordre de 30%, les dégâts causées par le 2e confinement forcé pour le secteur font craindre 50% à 60% de disparations, avec des milliers – des dizaines de milliers – d’emplois perdus et un coût colossal pour la société. Les 20% du chiffre d’affaires ou 10 000 euros d’aide de l’Etat permettent – ont permis – de couvrir les besoins urgents, mais nombre d’incertitudes restent en suspens, avec, en point d’orgue, outre les questions sociales complexes à mettre en œuvre (chômage partiel, congés payés…), une préoccupation partagée par nombre d’indépendants : les loyers !

Les retours des bailleurs privés majoritaires sont largement insuffisants selon les représentants du GNI, au même titre que les propositions gouvernementales d’inclure, dans la loi de finances pour 2021, 50% de crédit d’impôt pour les bailleurs qui renoncent aux loyers. « Cela ne sert à rien ! Il va falloir payer, mais comment ? », interroge Jean-Charles Ruggia pour mieux répondre lui-même :

« L’Etat a conseillé aux professionnels de prendre les PGE. Nous l’avons fait. Cela a permis de couvrir les loyers du printemps. D’autres solutions devaient être trouvées. Ce n’est pas le cas ».

De plus, les aides sont souvent longues à arriver, avec des bugs informatiques, des retards de remboursements, aggravant l’état des trésoreries. En outre, « une certaine méconnaissance de nos conventions collectives n’a rien arrangé. Le GNI a heureusement pu suppléer les défaillances et globalement limité la casse le mieux possible », affirme Christiane Thibault.

L’imagination, pour ne pas dire l’innovation, est requise pour sauver ceux qui peuvent l’être, par exemple via un label RSE éco-responsable (incluant circuits courts, éco-déchets, maîtrise de l’énergie, belle tenue de service…), en gestation avec l’Etat et l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). A la clé, 10 000 euros d’aides pour les restaurants, 35 000 euros pour les hôtels ! « C’est dans l’ADN de proximité du GNI d’agir ainsi, dépassant la contestation et nos mécontentements, dans l’intérêt de nos ressortissants », ajoute la présidente varoise. « Cela permet d’avancer, de vivre avec le virus, de se projeter sur les autres saisons. Demain, il nous faudra travailler plus et différemment ».

Hygiène dans les gènes

Une projection qui n’est possible de façon décente que si l’Etat s’engage à un soutien massif sur les 6 premiers mois de 2021, plaide Jean-Charles Ruggia. « C’est l’objet de la négociation actuelle, hors loyers : prise en charge d’une partie des salaires, aides à l’investissement dans le matériel qui souffre à l’arrêt, pour le changer ou le réparer, aides au redémarrage. Nous réclamons des mesures bénéfiques à tous. Rappelons que nous ne sommes pas responsables de la situation actuelle, laquelle n’évolue pas dans le bon sens alors que nous sommes empêchés de travailler. C’est plus qu’un élément probant. Il faudra rendre des comptes un jour prochain. Des entreprises de notre secteur sont mortes dans l’indifférence. Pourquoi serions plus incriminés que les supermarchés ? Pourquoi les assureurs apparaissent à nos yeux comme les grands gagnants dans cette histoire ? Le GNI réclame une enquête parlementaire sur le sujet. Mais pour l’heure, sauvons nos établissements et nos emplois avec des mesures concrètes. Pas seulement par des incantations du type « 2021 année de la gastronomie » comme le souhaite le Premier Ministre. Il risque d’être tout seul à table… ».

Le président régional du Groupement n’est pas spécialement inquiet dans la perspective d’une reprise en mode dégradé en raison de mesures sanitaires drastiques, partant du principe que l’hygiène est dans les gènes du métier, avec des principes CHSCT érigé en credo. En revanche, il soulève une profonde préoccupation jusqu’à présent ignorée par les pouvoirs publics, l’état moral du personnel.

« Il n’y a pas que les patrons d’établissements qui sont désabusés, nombreux sont nos employés qui ne croient plus en l’avenir de la profession. C’est un problème majeur.

Alors que nous sommes en tension par manque d’effectifs, certains s’en vont, cherchent à se reconvertir. Il ne faut pas perdre notre savoir-faire, nos salariés bien formés et motivés. Cela fait partie intégrante de notre valeur ajoutée. Un serveur n’est pas un porteur d’assiettes ! Nous devons aussi les convaincre de ne pas perdre espoir… ».

2021 s’annonce par conséquent comme l’année de tous les dangers dans un secteur qui entend défendre sans relâche son gîte et son couvert !

Olivier Réal
Journaliste économique

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