Quoi de neuf dans l’IA, épisode II : la révolte industrielle

Alors que la révolution technologique est avérée autour de l’intelligence artificielle, et accélérée depuis l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis par une dérégulation mondiale totale des échanges numériques, la réponse industrielle aux besoins en énergie est stratégique.
De plein gré ou contraint, il n’est désormais plus possible d’ignorer l’IA. Dans une première chronique fin février 2025, fruit d’échanges savants avec le spécialiste du sujet Alexis Jalley, dirigeant-fondateur d’Acteam-IT (La Garde), nous évoquions l’offensive économique mondiale via l’intelligence artificielle, dans une forme de propagande revisitée sur les réseaux sociaux, conduite à marche forcée par le président Trump. Son élection a sonné l’ère de la libéralisation décomplexée et de la conquête de (par) l’Amérique, face aux Russes et Chinois.
Quoi qu’il en coûte ?
Tout se confirme, en pire (empire), y compris le retard de la France et de l’Europe par rapport aux grands prescripteurs de solutions, ChatGPT (Open AI), Claude (Anthropic), Copilote (Microsoft), Gemini (Google)…, tous made in USA et dont les données collectées se rapatrient Outre-Atlantique au nez, à la barbe et cheveux du RGPD européen. Une offre accessible facilement, dont les versions professionnelles payantes reposent sur le modèle de l’abonnement mensuel illimité. Idéal pour créer le besoin et changer de paradigme à un futur moment propice permettant faire payer au coup par coup, qui se transformera vite au coût par coût. Idéal aussi pour favoriser l’arrivée sur le marché des outils gratuits chinois dont la tête de pont est DeepSeek, société soutenue par le fonds spéculatif High-Flyer, basé à Hangzhou. Une firme de haut vol, en pleine conquête, affichant des performances égales ou supérieures aux leaders américains.
Chinois à marche forcée
Pour bien comprendre la puissance des Chinois, Alexis Jalley fait une comparaison avec le parc automobile : « ils avancent à marche forcée s’agissant de l’électrification des voitures. 40 constructeurs chinois, contre 3 en France et en Europe, vont envahir le marché, équipant les voitures de solutions IA qui vont les faire progresser de façon exponentielle sur la connaissance de nos pratiques de consommation dans le secteur. La même déferlante guette le numérique de réseaux, avec une approche gratuite sur les données, l’image, le son, qui risque fort de faire exploser la bulle actuelle gonflée par les parts de marché américaines. Comme pour l’arrivée des smartphones, c’est le grand public qui mène la danse et la tendance en adoptant l’IA avant les entreprises qui sont en retard. Il y a 18 mois, 51% des salariés utilisaient l’IA de leur propre initiative. Ils sont 68% à ce jour, et pour la plupart sans stratégie interne digne de ce nom dans leur activité professionnelle ».
Gigawatts en première ligne
Malgré l’appui de Bpifrance, les encouragements des syndicats MEDEF et CPME, ceux aussi des pouvoirs publics, la montée en puissance est largement insuffisante dans notre pays de PME qui ne s’est pas mué en « start-up nation » comme le prophétisait à tort le président de la République il y a 10 ans. La réalité est beaucoup plus compliquée, même si l’impact de l’IA sur les sociétés est - et sera de plus en plus - majeur, comme cela a été expliqué au Sénat lors de la journée des entreprises le 21 mai dernier, à laquelle assistait Alexis Jalley, aux côtés du vice-président de l’UPV Pierre Grech.
Pour être à la hauteur des enjeux, l’envie de trouver de la souveraineté numérique doit rejoindre la nécessité, et cela passe par une véritable révolte industrielle qui demeure pour l’instant un vœu pieux. « Il est indéniable que le monde politique européen a le désir de renverser la table pour asseoir son indépendance numérique, sauf que la problématique est plus énergétique que technologique. Au regard des (r)évolutions attendues, il convient de réfléchir désormais en gigawatts de puissance énergétique que l’on peut produire. Nous avons en France une industrie verte et décarbonée par le nucléaire, mais quid de de la stratégie ? », s’interroge-t-il, considérant en outre que les atermoiements - pour ne pas dire l’inertie - des 20 dernières années ont davantage été la conséquence d’un manque de stratèges.
D’une part, les perspectives attendues en termes de besoins numériques très gourmands en énergie nécessiteraient « l’équivalent de 42 EPR (!) » (réacteurs nucléaires), d’autre part les investissements dans les data center (centres de données en français) devront majoritairement émaner de capitaux européens, pour éviter le double risque de perte de données et de délocalisation gratuite de production carbone pour les entreprises issues d’autres continents.
Qwant il y a une volonté…
Au regard de la controverse énergétique sur le nucléaire en France, le combat n’est pas gagné, d’autant que la question a muté vers le clientélisme politique. Quand bien même la marche en avant sur ce choix d’énergie a été relancée, les élections présidentielles pourraient changer la donne à nouveau. Revers de la médaille d’une économie qui se veut libérale tout en étant en (grande) partie administrée. Reste qu’il est encore temps de rattraper le retard, y compris de maturité, afin d’éviter de payer cher, très cher, à la sortie la pseudo-gratuité à l’entrée.
Une lueur d’espoir, que l’on peut ériger en exemple, est par ailleurs apparue sur le Vieux Continent ces derniers jours avec le choix par le Parlement Européen du français Qwant comme moteur de recherche par défaut de ses ordinateurs, en remplacement de Google ! Un vrai tournant, un vrai pari de confiance aussi dans l’entreprise du fondateur d’OVHcloud (services d’hébergement web), Octave Klaba, qui développe conjointement un index de recherche européen avec une société allemande, priorisant la protection des données.
Qwant il y a une volonté, il y a un chemin…
L'intelligence à l'état pur est une révolte permanente


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