Il était une fois la souveraineté numérique, à l’UPV et nulle part ailleurs

Salle comble ! Grand succès pour la conférence-débat « Un soir à l’UPV et nulle part ailleurs » le 10 mars dernier, sur la souveraineté numérique, avec un invité de niveau international sur ce sujet essentiel, Bernard Benhamou.
A la demande de la présidente de l’Union Patronale du Var, Véronique Maurel, « un soir à l’UPV et nulle part ailleurs » est un cycle de conférences pensé pour alimenter la réflexion, stimuler les échanges et rassembler les dirigeants. Il s’agit de partager la même ambition de s’élever par la connaissance tout en portant haut les valeurs humaines, sociales, économiques et culturelles.
Un rendez-vous inédit et d’un nouveau format, inauguré avec un grand succès à la faveur de la conférence/exposition Abyssal de l’artiste Alison Bounce le 15 décembre à l’espace Liberté de l’UPV, élargissant le propos à l’engagement patronal.
Changement de décor le 10 mars, devant plus d’une centaine de dirigeants, certes dans le même lieu et selon le même concept, sur une thématique qui touche tout le monde, en plus d’être plus que jamais d’actualité : « Souveraineté numérique, quand la menace prend data ! ».
La souveraineté alimentaire est parfaitement identifiée, ou plutôt sa perte progressive que nous rappellent souvent dans la souffrance et le désespoir nos amis agriculteurs. La souveraineté en matière de défense est dans toutes les têtes et de plus en plus en ces temps de guerres aux portes de l’Europe et dans le monde. Nous sommes dans le Var, premier département militaire de France, un petit peu plus sensibilisés que les autres.
Mais on ne se pose pas plus que cela la question de la souveraineté numérique, tant il nous paraît désormais naturel d’utiliser en toute liberté notre téléphone portable, dont on ne pourrait plus se passer, de se connecter à Internet, notre meilleur outil d’échange et de prise de connaissance. A tel point qu’une panne temporaire ou une maintenance de notre site préféré nous donne l’impression, l’illusion même, que l’on va devoir s’éclairer à la bougie !
« Une bonne idée dépend de son utilisation », disait Thomas Edison qui avait la lumière à tous les étages, sachant, avait déjà prévenu Rabelais, que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme »…
Il est indéniable que le numérique s’est insinué dans nos vies, personnelles et professionnelles, et sa souveraineté est devenue, avant l’arrivée de l’IA et plus encore désormais, le noyau central du bon fonctionnement de nos sociétés, et conjointement de toutes les menaces !
Intervenant de renom
Pour apporter la lumière à son tour sur ce vaste sujet, et élargir la vision, y compris par des lueurs d’espoirs d’un monde meilleur jusque sur le bureau des gens, pour ne pas dire sur leur suite bureautique, l’UPV a accueilli une sommité dans le domaine, Bernard Benhamou, pour un dialogue fluide, informatif à souhait, convaincant, conjointement inquiétant au regard de la violence des mutations en cours dans le monde, et rassurant quant au champ des possibles vers la souveraineté numérique en France et en Europe, même si l’espace est étroit.
Actuellement secrétaire de l’Institut de la souveraineté numérique, qu’il a initié en 2015, et enseignant sur la gouvernance de l’Internet à l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne, le conférencier de renom a exercé de nombreuses fonctions dans l’environnement direct et indirect de la thématique, entre autres en qualité de diplomate aux Nations Unies auprès de l’ambassadeur de France (2002-2006), délégué interministériel aux usages de l’Internet auprès du ministère de la Recherche et de l’Economie Numérique, conseiller numérique à Matignon, fondateur du premier portail européen des services mobiles pour les citoyens, coordonnateur de la première conférence ministérielle européenne sur l’Internet des objets…
En outre, ce pionnier de la souveraineté numérique, jusque dans l’invention du terme, vient de publier au sein de l’Institut, et en collaboration avec Jean-Marie Cavada, un rapport intitulé « Intelligence artificielle : enjeux et perspectives pour les droits humains en Europe ».
Période charnière
Cette souveraineté est au cœur de l’actualité ces dernières années, d’abord avec la crise Covid, ensuite avec la guerre en Ukraine, puis avec la présidence Trump, et tout récemment avec le conflit en Iran concomitamment à la montée en puissance exponentielle de l’IA. « On se rend compte à quel point désormais la maîtrise des outils numériques devient stratégique, à l’échelle des Etats, mais aussi des entreprises. Maîtriser les données, afin d’éviter qu’elles puissent être piratées et utilisées, y compris dans le domaine industriel par des adversaires, est devenu un vrai sujet pour l’ensemble des acteurs de l’écosystème numérique. Nous sommes dans une période qui va définir notre avenir numérique pour les 20 ou 30 prochaines années. Soit nous développons notre écosystème numérique européen et nous ne dépendons plus des solutions extra-européennes, en l’occurrence américaines et chinoises, comme c’est le cas de plus de 80% des technologies utilisées en Europe, soit nous continuons sur cette pente et nous devenons dépendant, certains diraient vassalisés, aussi bien d’un point de vue économique, politique, que démocratique, car nos adversaires ne nous veulent pas que du bien. Si les acteurs de notre propre écosystème ne se mobilisent pas avec la puissance publique pour prendre notre destin en mains, nous serons enfermés pour longtemps », met en garde Bernard Benhamou.
Cybersécurité en première ligne
Dans ce contexte, la cybersécurité est l’une des traductions de notre vulnérabilité, selon l’expert. « On constate que de nouvelles attaques, venant de Chine, de Russie et même d’Iran, se développent de plus en plus, au point de menacer notre infrastructures critiques. Plus récemment, cela se traduit même par le pillage de nos données à des fins d’entraînement de l’IA chinois, donc bien au-delà d’espionnage industriel ! Nous sommes dans un moment charnière, et la cybersécurité au sens large, d’un point de vue technique comme stratégique, est un enjeu essentiel pour les dirigeants d’entreprises, pas uniquement pour les responsables informatiques ».
L’Europe, « qui n’a jamais manqué une occasion de manquer une occasion », écrit Bernard Benhamou dans son rapport, est donc à la croisée des chemins afin de transformer en opportunité une menace de moins en moins fantôme, qui s’insinue partout et massivement par la propagande. Il lui faut pour cela sortir de la résignation et passer à l’offensive, tout en gardant son éthique protectrice, matérialisée notamment par le RGPD, et rendre son offre compétitive.
La clé d’entrée est l’investissement collectif, à la faveur de 700 à 800 milliards d’euros par an durant plusieurs années, soit l’équivalent du plan Covid (en une seule fois) ! Une mobilisation colossale et loin d’être gagnée par les temps économico-financiers qui courent. Pourtant, c’est la condition pour soutenir à la hauteur des défis d’aujourd’hui et de demain nos champions, notre économie, nos emplois. La destruction créatrice théorisée par Schumpeter en 1911 est toujours de mise, sauf que l’accélération est exponentielle. Nombre de métiers vont disparaître ou muter, y compris de niveau supérieur, d’autres sont à inventer.
Transition de rigueur
Le prix à payer d’une non-qualité et d’une non-souveraineté serait bien plus élevé faute de solutions alternatives européennes et françaises permettant, à minima, d’éviter de se faire couper, via le cloud, son word, son facebook, son google, ses données, pour mots désobligeants vis-à-vis des Etats-Unis, par exemple. Ce n’est pas une vue de l’esprit étant donné que c’est déjà arrivé il y a quelques semaines à un ex-commissaire européen français, ex-ministre ! Ce qui se joue est la préservation de nos acquis économiques, sociaux, culturels. En fait, l’ensemble de notre mode de vie est en péril.
Deux intervenants, locaux de l’étape, ont parfaitement complété le propos éminemment brillant de Bernard Benhamou, relevé en ces termes par les dirigeants qui se sont exprimés dans la salle, mais aussi celles et ceux qui ont prolongé la soirée in situ ou sur les réseaux sociaux. Alexis Jalley, d’abord, fondateur Acteam IT, entreprise spécialisée en IA et globalement dans l’univers numérique, a savamment et concrètement expliqué comment faire passer la transition avant la rupture, histoire de rassurer quant à la conduite opérationnelle du changement, mais également comment ne pas confondre souveraineté et souverainisme numérique.
Le parrain de la soirée ensuite, à savoir Odalia, service de prévention et de santé au travail du Var, représenté par son directeur Yves Kerboriou, dont la souveraineté numérique se traduit par la protection des données confidentielles de 330 000 personnes et 33 000 entreprises ! Celui-ci a conté son cheminement vers la sérénité, conjointement à une démarche interne de formation en IA pour ses 250 salariés.
La santé, justement, figure parmi les chapitres importants du rapport de Bernard Benhamou, notamment en termes de stratégie de protection de données qui comptent parmi les plus recherchées sur le dark web. On a pu s’en apercevoir en décembre avec une fuite de données de santé touchant 15 millions de Français…
L’espérance est un risque à courir
« Une soirée passionnante », selon la conclusion de Stéphane Benhamou, président adjoint de l’Union Patronale du Var, président du MEDEF Sud et du MEDEF Var. « Nous avons pu mesurer l’importance de la souveraineté numérique dans notre pays, mais, bien au-delà à l’échelle de l’Europe qui peut s’appuyer sur ce que nous avons déjà mis en place. Nous avons des règles et des codes de fonctionnement qui sont inédits et qui méritent d’être diffusés sur les autres continents. La concurrence est rude, mais relevons nos manches ! Le monde se transforme, nous avons les entreprises pour ce faire, quelles que soient leur taille, les cerveaux et la capacité de les former », a-t-il souligné en substance, désireux d’ouvrir grandes les portes et les perspectives autour de la ressource humaine, notre bien le plus précieux pour faire rimer souveraineté avec liberté.






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