Conduites addictives en entreprise : prévention salvatrice

Que ce soit la conduite addictive qui pèse sur le travail ou le travail qui pèse sur la conduite addictive, le sujet est central dans le monde professionnel, à commencer par celui des assistantes sociales et psychologues du travail du service Enosys de l’Union Patronale du Var, mobilisées en permanence.
« Cela concerne tout le monde, toutes les entreprises. Au moins une fois par semaine, nous sommes sollicitées sur une problématique de conduite addictive », affirment Clara Semenzato et Delphine Bozzi, psychologue du travail et assistante sociale du service Enosys de l’Union Patronale du Var. Au niveau de jeunes des écoles du groupe UPV (E2C, Imsat), ou de salariés des nombreuses entreprises adhérentes, la prévention contre les addictions est essentielle. Le niveau de compréhension du sujet aujourd’hui permet de poser la réflexion et de l’étayer d’éléments concrets, analysés scientifiquement.
L’Institut Nord-Américain des drogues, le National Institute of Drug Abuse (NIDA), définit ainsi la notion d’addiction : « L’addiction est une affection cérébrale chronique, récidivante, caractérisée par la recherche et l’usage compulsifs de drogue, malgré la connaissance de ses conséquences nocives ». Les critères sont multiples, selon Clara Semenzato, « perte de contrôle de soi, interférence de la consommation sur les activités scolaires ou professionnelles, poursuite de la consommation en dépit de la prise de conscience des troubles qu’elle engendre et des comorbidités associées. Le besoin irrépressible engendre l’addiction ». « Tout le monde est concerné, les salariés, les managers, les dirigeants qui nous interpellent », poursuit Delphine Bozzi.
Usage et trouble à l’usage
Deux formes d’addictions sont identifiées : celles, plus connues, liées à des produits, alcool, tabac, drogue, médicament ; et les dépendances aux jeux, au téléphone, à internet, au travail dite « workaholisme ». Plusieurs voies mènent à l’addiction, la consommation importée de la vie privée, l’acquisition résultant de sollicitations dans le milieu professionnel (lors de pause, d’afterwork…), ou l’adaptation par le dopage au stress du quotidien, au rythme à tenir, aux douleurs récurrentes éventuelles.
Il y a l’usage et le trouble lié à l’usage, plus ou moins fort, pour soi, mais aussi pour les autres. Les consommations de substances psychoactives, même à faible dose, comportent des risques pour la santé (dépression, cancers…) et la sécurité. En l’occurrence le risque d’accident du travail grave est multiplié par 2 chez les hommes consommant au moins 4 verres d’alcool par jour, 2 verres chez les femmes ; conduire sous l’emprise de l’alcool multiplie par 18 le risque d’être responsable d’un accident routier mortel ; conduire sous l'emprise conjointe de l'alcool et du cannabis multiplie par 29 le risque d'être responsable d'un accident mortel (routier, accident du travail). En conséquence, la consommation de substances psychoactives représenterait 20% à 30% des accidents du travail, 45% des accidents mortels en entreprise !
Détecter, orienter, conseiller
Des chiffres édifiants sur la dangerosité, qui se rajoutent à la perte de performance, de repère, d’emploi, voire au décrochage et à la désinsertion professionnelle. « Il faut aller (beaucoup) plus loin en termes de prévention, pour mieux faire connaître les conduites addictives, leurs impacts, comment les déceler et accompagner ensuite les personnes, y compris par des campagnes de dépistage. La prise de conscience des risques est un préalable à la thérapie », revendiquent Clara Semenzato et Delphine Bozzi. « On détecte, on oriente, on conseille », précisent-elles, en première ligne pour découvrir des problématiques lors de rendez-vous avec les salariés, si possible avant qu’elles ne créent des troubles graves. La première par sa maîtrise de la psychologie du travail et des conditions dans lesquelles il est exercé, qui est son métier, la seconde par son approche sociale de plusieurs thématiques que sont la santé, la famille, l’emploi, ou le budget qui est une bonne porte d’entrée pour s’apercevoir qu’il y a problème.
Souvent, le relais se fait avec la médecine du travail, puis avec des professionnels de santé qui posent le diagnostic et ouvrent le champ des possibles pour guérir. La perte d’intérêt de la population pour le travail, une certaine désabusion de la jeunesse, l’accentuation des tensions sociétales nationales et internationales, entre autres maux, concourent à une dégradation globale incluant les addictions, qui au final est mortifère. Au-delà de l’obligation protectrice de l’employeur vis-à-vis de ses salariés, l’enjeu est sociétal et la conduite préventive à tenir prend des allures salvatrices pour tout le monde.
L’addiction, c’est tout ce qui vide la vie de son sens en la faisant paraître meilleure
QVT, santé, RSE, économie circulaire, culture…, autant de sujets potentiels, aux côtés de l’actualité d’Enosys, service UPV d’assistantes sociales et de psychologues du travail.










