Précarité invisible des salariés : Enosys dans la réalité plurielle

Enosys, le service social de l’Union Patronale du Var, mesure au quotidien dans les entreprises la réalité plurielle de la précarité chez un nombre croissant de salariés, sachant qu’une précarité invisible peut en cacher une autre.
« Nous essayons de plus en plus de sensibiliser les employeurs sur les risques de précarité au sens large des salariés, dont l’invisibilité a de toutes les façons ses limites. En conséquence, ce sont souvent les dirigeants eux-mêmes qui nous contactent pour trouver ensemble des solutions », explique Anissa Payan, responsable d’Enosys, le service d’assistantes sociales et de psychologues du travail de l’Union Patronale du Var. « La précarité invisible ne se limite pas, contrairement à une idée reçue, à sa dimension financière », renchérit Marion Le Bihan, sa consœur assistante sociale de l’UPV. Nous constatons que de nombreux salariés vivent une précarité invisible qui prend des formes multiples, en plus d’être silencieuses ».
Engrenage
Ainsi, la précarité administrative, point de départ le plus fréquent, est aussi la forme « cachée » la plus répandue, à plusieurs niveaux. Cela peut concerner des droits de santé interrompus ou non ouverts, une carte vitale non mise à jour, un défaut de mutuelle, une couverture inadaptée, des démarches non réalisées par ignorance… Le non-accès aux soins est une précarité directe dont la conséquence directe peut être la dégradation de l’état de santé de la personne, physique comme psychique, et en corollaire l’accentuation d’autres difficultés.
« Tout est lié et la démultiplication des problèmes résulte d’un engrenage. Les gens se laissent submerger et n’y arrivent plus », souligne Valentine Geffroy, assistante sociale elle aussi au sein d’Enosys. La précarité administrative pèse sur la santé, dont la dégradation peut causer une précarité professionnelle. Cette instabilité va peser à son tour sur les finances, puis, voire conjointement, sur l’ensemble de la sphère familiale et sociale. Une détérioration de vie en cascade qui rend la précarité globale et multidimensionnelle. Son installation progressive passant souvent sous les radars de l’employeur.
« Au plus les situations parviennent à nous tardivement, au plus nous devons gérer l’urgence et fixer les objectifs à court, moyen, long terme, considérant que le volet administratif en France est très compliqué et très long », constate Marion Le Bihan. Cela n’empêche pas d’agir, à l’aide d’un certain nombre de dispositifs, mais les demandes affluent, réduisant le champ des possibles. « Le nombre de dégradation dans le sens de la précarité va croissant chez les salariés. Compte tenu de la tension sur le logement, du prix des loyers, du niveau de salaires pour y accéder, certains dorment dans leur voiture ou sont hébergés un temps chez des amis ». En outre, pour celles et ceux qui conservent leur logement, « la précarité énergétique fait aussi partie des facteurs identifiés ces dernières années, tandis que les coûts augmentaient. Coupures d’électricité, plus de chauffage, insalubrité, là aussi tout s’enchaîne », ajoute Anissa Payan.
Accompagnement
Toutes trois plaident de concert pour une vigilance accrue dans les entreprises, s’agissant des dirigeants, de l’encadrement, des collègues de travail. Les signaux existent dans le milieu professionnel : difficultés de concentration au travail, absentéisme, arrêts répétés, concourant à une baisse de performance inévitable, problématique aussi pour l’entreprise, et au-delà à une détérioration des relations puis de l’évolution de carrière. Ils existent aussi bien entendu sur le plan personnel sous la forme de tensions familiales, puis d’isolement social conduisant à des situations de souffrance et de danger.
Les assistantes sociales et psychologues du travail de l’UPV essaient d’appréhender la situation dans son entièreté, sur les difficultés visibles et invisibles, sur leur origine et leur profondeur, de prévenir l’aggravation et d’actionner leur réseau. Leur accompagnement s’appuie sur un travail en réseau auprès des organismes sociaux, des professionnels de santé, du monde associatif et bien entendu des employeurs, directement ou le cas échéant via les services de ressources humaines.
« Cette coordination permet de sécuriser les parcours, de limiter les ruptures de droits et de soutenir durablement les personnes », concluent-elles. Le service social Enosys veut sensibiliser sur le sujet à travers deux messages forts, complémentaires : « cela n’arrive pas qu’aux autres », et « vous n’êtes pas seuls ».
Précarité(s)
La précarité est l'absence d'une ou plusieurs des sécurités, notamment celle de l'emploi, permettant aux personnes et familles d'assumer leurs obligations professionnelles, familiales et sociales, et de jouir de leurs droits fondamentaux.
QVT, santé, RSE, économie circulaire, culture…, autant de sujets potentiels, aux côtés de l’actualité d’Enosys, service UPV d’assistantes sociales et de psychologues du travail.










