Nouveaux lauriers en perspective pour la Faïencerie de Varages

La relance de la Faïencerie de Varages est d’autant plus belle qu’elle perpétue plus de trois siècles d’une activité érigée en patrimoine industriel (depuis (1695). Le « SOS » de la SAS Nouvelle Faïence a été entendu par les partenaires privés et publics.
Parfois, l’aventure entrepreneuriale tient à peu de choses et la vérité n’est pas loin. Pour Michaël Bruel, cela a consisté à traverser la rue ! Dirigeant d’un bureau d’études dans le secteur du bâtiment, il habite Varages et connaît bien son environnement direct, en l’occurrence la faïencerie en face, patrimoine historique local internationalement connu, malgré la baisse régulière d’activité. « J’apprends que cela va être liquidé, j’en parle au maire que je connais bien, je propose d’aider comme je peux et, de fil en aiguille, j’en perds la tête ! », raconte-t-il avec une humilité teintée d’une certaine fierté légitime. Il a fallu d’abord reprendre à la barre du tribunal, en juin 2025, l’entreprise de production de faïence, avec quatre partenaires. Deux sont sortis ensuite du tour de table et les trois principaux, lui-même, la famille Adet de la Maison Jonquier, autre activité historique (dans le nougat à Ollioules depuis 1885), et Christian Méli, patron de SCNG Invest, cherchent à doter la société Nouvelle Faïence de moyens conséquents pour asseoir un projet ambitieux et viable.
Trois liquidations en 30 ans, cela fait réfléchir avant de s’engager, même si le challenge est passionnant. Au demi-million d’euros initial, 2,5 millions ont été levés avec l’entrée de six nouveaux partenaires et l’appui précieux de l’Etat, notamment sous forme d’aide financière (80 000 euros pour recruter 6 postes), mais pas seulement. « L’Etat a dit et l’Etat a fait », apprécie Michaël Bruel, soulignant l’engagement précieux du préfet et de ses services déconcentrés.
Développement durable
Le modèle est bien défini, autour de la nouvelle société qui assure la gestion administrative et financière, avec ses produits vendus en grande partie dans la boutique et par un réseau de revendeurs, ainsi que ses filiales. A savoir principalement l’entreprise d’insertion Les Lauriers, dédiée à l’émaillage et aux biscuits (pièces cuites adaptées aux techniques décoratives). L’activité a besoin de main d’œuvre à qualifier et de savoir-faire à perpétuer. Cela se fait par le recrutement de salariés en insertion. Les effectifs, portés à 7 personnes, devraient monter à 12 en fin d’année, 30 à terme si tout va bien. Objectif de production : 3 000 pièces par semaine.
« Conjointement à la relance, nous répondons à notre niveau à une problématique d’emploi local, avec un vrai sujet que nous prenons à bras-le-corps de reconstruction des compétences. C’est aussi cela qui a séduit l’Etat, la volonté de se donner du temps pour former, absorber les éléments techniques des métiers concernés, susciter des vocations aussi, et, bien entendu, montrer au public toutes ces pièces de grande qualité et leurs belles couleurs. Les gens ont non seulement envie de les acheter, mais également de les voir et de savoir que cela existe toujours », précise Michaël Bruel. On l’a compris, le développement sera durable on ne sera pas…
Savoir-faire et faire savoir
Tout à côté, a été créée l’association Faïence et Patrimoine, aux enjeux d’innovation sociale et technique, présidée par Guy Partage, ex-maire de Varages, grand connaisseur du sujet. La vice-présidente est Sylvie Platania, très impliquée dans l’univers de l’insertion et auprès de l’Union Patronale du Var, qui a mis comme toujours sa générosité combative et persuasive au service de cette belle cause. « La transmission de savoir-faire, c’est un bien-être dans sa tête », plaide-t-elle souvent.
« Sylvie Platania et Guy Partage sont de formidables ambassadeurs », se réjouit Michaël Bruel, car il s’agit avec ce pôle associatif (dont les adhérents bénéficieront de remises à la boutique) d’animer des communautés autour de la faïence, de trouver de nouveaux produits, de récupérer des éléments patrimoniaux, de sauver des moules de Moustiers, entre autres pièces rares… Une référence s’il en est en la matière. L’histoire ayant débuté en 1695, il y a de quoi faire, y compris au sein du fab lab « maison », un espace doté d’équipements modernes afin de travailler sur de nouveaux prototypes. Une passerelle en forme de boucle du temps pour mieux dessiner l’avenir.
« C’est un super projet, une locomotive sur ce territoire qui a vu son industrie disparaître. Cela fait du remue-ménage dans le secteur et nous en sommes ravis », souligne pour sa part Philippe Favoroso, vice-président de l’UPV à la tête de la délégation de Draguignan et du Haut Pays Varois. « Nous suivons cela avec le plus grand intérêt et l’envie de le faire savoir. C’est important de contribuer à cette remise en route qui peut impacter l’économie alentour ».
L’assiette semble solide, les jeunes qui arrivent ont du bol de bénéficier de cette transmission, et les investisseurs n’ont pas du tout envie de rester en carafe ! Tout est en place pour faire (re)vivre ces arts de la table et (ex)porter à nouveau le « fait à Varages ».




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